Dans ce 2ème épisode de la série « The Mavs Legacy », retour sur le shoot le plus indéfendable de l’histoire. De sa création à ses moments les plus mythiques, découvrez avec nous comment ce shoot si particulier est devenu l’ADN du « Wunderkind » pendant plus de 15 ans.

La création du « one legged fadeway »: Un allemand en appel un autre

Mentor de Dirk Nowitzki pendant toute sa carrière, Holger Geschwinder est un ancien joueur professionnel des années 70 et a notamment été membre de l’Equipe Nationale Allemande pendant presque 10 ans. Spécialiste du shoot, il va croiser par le plus grand des hasards, la route de Dirk dans un gymnase local de la ville de Würtzburg alors que ce dernier n’avait que 16 ans.
D’abord passionné par le handball ou le tennis, Dirk ne se mettra au basket qu’à l’âge de 15 ans après que ses amis l’aient amené à un de leurs entraînements à cause de sa taille déjà très imposante pour sa catégorie d’âge.

Son voyage vers la NBA commence donc à Würtzburg, alors que le gamin est un athlète grand et maigre. Très lacunaire techniquement, il va néanmoins attirer l’oeil de cet ancien joueur de la « Mannschaft » qui décerne très vite le potentiel de son futur élève. Pour lui, il ne lui manquait plus qu’un bon coach:

Dirk Nowitzki à l’entrainement avec Holger Geschwinder. Crédit : Hoopsbeast

Au début de cette aventure, vous savez, si vous prenez les capacités du gamin lorsqu’il avait 16 ans, tu sais que le travail serait plus important avec lui. Tu dois faire plus que simplement dribbler, tu dois lui expliquer le rôle du porteur de balle. Pour chacun de mes conseils, il avait toujours besoin de comprendre pourquoi et ce que ça pourrait lui apporter par la suite.

Leur collaboration a très vite porté ses fruits et le jeune homme devient rapidement un grand espoir du basket allemand puis européen. Dirk commence à rêver de NBA et veut devenir le prochain Detlef Schrempf.  Comme un symbole, ce dernier s’est fait drafter aux Dallas Mavericks, même franchise qui accompagnera le « Wunderkind » pendant 20 ans. Malheureusement, la transition vers ce nouveau pays n’aura pas été tout de suite facile, lui qui a perdu tous ses repères.

C’est en effet à la suite d’une saison rookie très peu convaincante que Dirk pense à tout arrêter. Affaibli par les critiques quotidiennes et parfois xénophobes, il ne se sent pas chez lui dans le Texas et pense à rentrer définitivement chez lui. Rien ne le prédestine alors à devenir le meilleur joueur européen de tous les temps, mais l’arrivée d’un homme va changer la donne, Mark Cuban.

Le nouveau jeune propriétaire des Mavericks va mettre le paquet pour le confort des joueurs, en commençant par un point important pour son leader, l’arrivée de Holger Geschwinder dans le staff des Mavericks. Un repère qui va lui permettre rapidement de montrer son plein potentiel offensif. C’est donc grâce à une éthique de travail remarquable et une stabilité mentale retrouvée que tout le Texas va découvrir le, probable, meilleur bigman shooter de l’histoire.

Mais pour faire partie des meilleurs de l’histoire, il lui manque encore une chose, un move signature, quelque chose capable de faire basculer un match, une saison, une carrière en un seul instant. Parmi les plus grands, le « Skyhook » de Kareem Abdul-Jabbar, le « Dream Shake » d’Hakeem Olajuwon ou encore le « Up and Under » de Kevin McHale, et Dirk va réussir à placer son « One legged fadeway » à côté de ces grands moves-là.

Un move inventé par nul autre que Holger Geschwinder, et oui encore lui. Au-delà d’être un entraîneur excellent, ce génie de la physique et des maths était à la recherche du tir parfait. Un shoot que personne ne pourrait contrer et qui ferait appel à toutes les qualités du Dirk et qui contreraient les systèmes défensifs de l’époque. Il l’oblige donc à prendre des shoots dans des positions les plus incompréhensibles les unes que les autres. Jusqu’à ce qu’ils arrivent à ce shoot sur une jambe, le buste tourné vers l’arrière.

Décryptage d’un shoot aussi farfelu qu’efficace

Ce shoot fait donc d’abord appel logiquement à la qualité de shoot de Dirk. Dans une époque où les Bigmans restent dans la raquette, le « Wunderkind » va lui contribuer à révolutionner son poste en shootant à longue distance. Une réussite qui se vérifiera toute sa carrière, lui qui inscrira pas moins de 1982 trois points avec une réussite de 38%. Il est incontestablement l’intérieur qui a eu le plus de régularité dans ce domaine, inspirant de nombreux Bigmans encore aujourd’hui.

Sa morphologie va également jouer dans sa réussite. Du haut de ses 2m13, l’Allemand joue très bien de sa taille pour construire un shoot qui deviendra tout bonnement impossible à contrer. Un tir qui attire d’abord le défenseur en bas avant que Dirk ne s’écarte pour créer son espace et une distance avec son défenseur. Il va ensuite monter très haut et très rapidement grâce à sa jambe gauche pleine en dynamites.

Dirk Nowitzki dans ses oeuvres. Crédit : Jesse D. Garrabrant/Getty Images

De nombreux défenseurs ont perdu pied par ce simple move, car l’Allemand se prêtait à une opposition et à une époque absolument incapable de défendre son shoot. Quand les intérieurs sont encore collés à leur raquette comme Tim Duncan ou encore Kevin Garnett, Dirk lui, s’écarte et contribue à révolutionner son poste. Il est différent de tous les autres postes 4 et introduit la notion de Spacing ou de Stretch Four.


Des caractéristiques étonnantes à l’époque pour un poste 4 qui vont également permettre à son coach, Don Nelson, de créer un nouveau style de jeu et une nouvelle identité basket, le fameux Run and Gun. Un basket qui combine explosivité et tir soutenu, la définition même de Dirk Nowitzki. Ce shoot n’est donc pas seulement un move différent des autres, mais il est le symbole d’une révolution du jeu et des Bigmans et Dirk en a inspiré plus d’un.


De LeBron James à Kobe Bryant en passant par Giannis Antetokounmpo et Kevin Durant, tous les plus grands joueurs des années 2010 se sont inspirés de ce move pour l’inscrire dans leur palette de tirs. Un move si légendaire qu’il en est devenu une statue. Et oui, ce n’est pas surprenant de voir la silhouette du « Wunderkind » penché vers le sol, illuminant les abords de l’American Airlines Center, car quand on parle de Dirk Nowitzki, c’est cette première image qui nous revient.